Pour reprendre notre pouvoir : La conscientisation


  

Un outil de travail et de réflexion 

 à utiliser en groupe 


     La conscientisation, un processus de libération

Dans notre société, il existe des structures d’oppression (de sexe, de classe, d'origine culturelle, etc.) qui donnent à des groupes ou des individus le pouvoir de limiter le pouvoir d’autres individus et groupes sur leurs conditions et leurs milieux de vie. Ces structures dominent l’organisation de notre vie tant personnelle que collective, favorisent le contrôle des richesses par quelques uns et imposent des idées qui les justifient. Il nous faut être vigilants car ces façons de faire peuvent même s’infiltrer dans nos groupes.

Par l’approche de conscientisation, nous refusons ces structures déshumanisantes comme une fatalité à accepter.

Nous choisissons de nous engager à briser ces chaînes d’oppression avec les personnes et les groupes qui en sont victimes. C’est avec eux, parce qu’ils en sont les experts, que nous apprendrons à en identifier les causes et à développer une analyse de leur réalité. Confiants et confiantes en leurs capacités créatrices, nous relèverons ensemble le défi de trouver des réponses inédites pour transformer la société.

La conscientisation est un processus continu qui se réalise dans le temps par des actions et des luttes concrètes où on apprend comment avancer ensemble, pour nous libérer et construire la société qu’on souhaite à long terme. 


     Objectif de l’outil

Porter un regard sur les façons de faire de notre groupe comme lieu :

  • pour nous aider à nommer et à analyser notre réalité;
  • pour apprendre à exercer autrement notre pouvoir d’agir;
  • pour nous permettre de rêver et construire avec d’autres le genre de société qu’on veut. 

Un lieu de reprise de pouvoir par et avec les personnes qui en sont trop souvent exclues.

Un outil pour qui ?

Cet outil vise à être utilisé en priorité par :

  •  Les personnes participantes et celles qui contribuent à la prise en charge des activités, projets ou luttes  menées par notre  groupe;
  •  Le membres impliqués dans les instances de notre groupe : assemblée  générale, conseil  d’administration, etc.

Avec le soutien des intervenantEs et des alliéEs dans la démarche de reprise et de développement du pouvoir d’agir des personnes exclues. 


    Comment utiliser cet outil ?
  • En petits groupes de 2 à 3 personnes;
  • En comité de travail, en comité porteur d’un projet;
  • En conseil d’administration,…
  • Pour évaluer nos assemblées générales,...

Prendre le temps de faire l’exercice en autant d’étapes jugées nécessaires.


     Notre groupe est-il un lieu de conscientisation?

  Dans notre groupe, avons-
 nous des occasions :



    -De dire en quoi notre                 pouvoir d’agir est limité, nié      ou enlevé?



   
    -
De dire concrètement quels      effets cette perte de pouvoir      a dans nos vies?



    - Sommes-nous seuls qui          subissons cette situation?       Qui d’autre?



    - Sommes-nous considérés           comme les personnes les           mieux placées pour en               parler ou d’autres le font-          ils à notre place?
 Les activités et les projets de
 notre groupe permettent-ils:


   
    -
De comprendre avec                 d’autres les raisons de la         perte de pouvoir que nous         subissons?


    
     -
De sortir de la culpabilité         individuelle et de nommer         les préjugés que nous                 subissons?



    - D’identifier les personnes,         les structures, les organi-         sations et les lois qui                  nous écrasent?

  

- De nourrir notre indignation et notre colère pour lutter contre ces structures injustes?

 Notre groupe,est-il un lieu pour
 apprendre à exercer 
notre pouvoir
 d’agir :


    -Participons-nous aux décisions      concernant les activités, les             projets à mettre en place et les         luttes à mener?
    -Comment?



    - Sommes-nous impliqués dans        leur réalisation?
    - ChacunE peut-il y contribuer à       sa façon?



    - Pouvons-nous prendre la                  parole, décider et agir sur les          enjeux de société qui nous              concernent?
 



        * En nommant ces enjeux et les         liens avec notre vécu. 
      En étant informés des luttes            existantes.
      * En ayant le soutien, l’appui et          les ressources pour participer          aux actions choisies?


 Pour aller vers où et avec qui ?

    Dans notre groupe,        avons-nous des            moments, des                occasions pour parler     du genre de société        qu'on veut bâtir ?

    Dans le fonction-           nement de notre            groupe, comment            mettons-nous en            pratique le genre de        société que nous            voulons ?


    Avec qui sommes-       nous en lien pour y        arriver ?
    Pourquoi?                       Comment ?

    Au plan local ?
    Au plan national ?    
 Au plan international ?


    Prenons-nous le            temps, en groupe et        avec d'autres, de fêter     et souligner les pas et     les gains faits pour        mettre en place ce            nouveau genre de            société ?


     Quand Pouvoir et oppression se conjuguent

Un peu comme une pyramide, 
la société est divisée entre quelques personnes au sommet  qui contrôlent tous ceux et celles qui sont en bas. Ce modèle repose et engendre l’oppression et crée des injustices. 

En raison, des préjugés véhiculés et des structures mises en place, les personnes au bas de la pyramide portent souvent sur elles-mêmes le même regard que celui de leur l’oppresseur, plus haut dans la pyramide : 

  • Elles se déprécient et doutent de leurs capacités. 
  • Elles se font dire : « vous n’avez pas assez de… »; « vous ne pouvez pas…»...
  • Leur liberté de penser et d’agir est neutralisée ou niée parce que d’autres se croient mieux placés pour le faire à leur place; « vous avez fait les mauvais choix…»... 
  • Elles sont bénéficiaires de la « générosité » des autres, mais se voient maintenues dans une situation de dépendance ou d’«assistance» plutôt que de voir et reconnaître leurs besoins comme des droits bafoués;
Au moment d’exercer un certain pouvoir, dans une organisation ou face à d’autres personnes proches, ces personnes, victimes d’injustices et d’oppression, peuvent, inconsciemment ou volontairement, adopter des comportements semblables à ceux qu’ils ont subis. Elles sont attirées par le mode de vie de l’oppresseur et aspirent à lui ressembler dans sa façon de vivre et de fonctionner vue comme un idéal à atteindre, le chemin à prendre pour «être à la hauteur». Fonctionner autrement peut aussi insécuriser et faire peur.

     Parlons et faisons l'EXERCICE DU POUVOIR AUTREMENT

Notre groupe est un lieu important pour vivre une démarche de conscientisation. On apprend ensemble à démasquer et reconnaître les mécanismes d’oppression dans nos vies et la société, à porter un regard différent sur nous-mêmes, à nous faire confiance et à nous libérer de la peur d’inventer et de risquer du neuf dans nos façons d’exercer ensemble le pouvoir.

Apprenons à être vigilantEs et à ne pas reproduire entre nous, même inconsciemment, les mêmes façons de faire qu’on critique et dénonce.

En prenant le temps de regarder comment s’exerce le pouvoir dans notre groupe, on s’assure de rester collés à notre volonté de construire un monde différent.  


 Comment le pouvoir se met concrètement en œuvre :
  • Avec les personnes participantes à nos activités et nos projets?
  • Avec les personnes bénévoles?
  • Dans le partage et la circulation des informations?
  • Dans nos comités de travail?
  • Dans nos conseils d’administration?
  • Dans la relation et la gestion des personnes qui travaillent dans le groupe?
  • Dans nos liens avec les autres groupes et organisations, dans nos regroupements, etc.