Qui avance? Qui recule?



  
Une activité pour enraciner les droits
au cœur de la réalité et des préoccupations
des personnes et des organismes. 
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L’article premier de la Déclaration universelle des droits [humains] dit que : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits» Mais qu’en est-il dans la réalité? La question des droits est au cœur des enjeux auxquels sont confrontées les personnes et les organismes qui travaillent dans une perspective de transformation sociale. On ne peut donc pas faire l’économie de parler des droits dans nos groupes.

 

La présente activité, portant sur les droits, peut s’inscrire dans le cadre d’une assemblée générale, d’un atelier, d’un café rencontre, comme démarrage à une journée de formation, etc.


 Objectifs de l’activité

•  Partir des réalités ou des besoins individuels des personnes et nommer ceux-ci sous l’angle des
    droits;

•  Prendre conscience des différences dans l’exercice effectif des droits au sein de notre 

   organisme et élargir ces constats à l’ensemble de la société;

•  Partager nos analyses sur les causes de ces différences et les conditions qui constituent des
    freins
 à la réalisation pleine et entière des droits;

•  Réfléchir collectivement aux moyens à notre disposition pour passer à l’action et travailler à
    l’exercice de
 nos droits;

•  Se sentir concernés par les luttes pour la reconnaissance effective et l’avancement des droits. 


 Présentation sommaire de l’activité

Inspiré du jeu « Jean (Jeanne) dit », les personnes participantes sont placées sur une ligne de départ qui affirme que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

 

La ligne d’arrivée, placée plus loin dans la salle, représente quant à elle la société idéale où tous les droits sont respectés et exercés effectivement. Le but du jeu est de se rendre le plus près possible de cette ligne en suivant les consignes de l’animation.

 

À la fin du jeu, tous et toutes ne seront pas au même endroit, dépendamment des réponses apportées aux questions... et c’est là que la réflexion collective s’amorce à partir des constats faits et des questions qui sont travaillées en atelier et en grand groupe pour comprendre les causes de ces injustices.


 

   Informations pour la réalisation de
                         l’activité
 
 

     DURÉE DE L'ACTIVITÉ : au moins 75 minutes.

                                              NOTE :   La durée de l’activité peut varier si on veut y consacrer plus de temps. 

     MATÉRIEL NÉCESSAIRE : Ruban cache, ou craie, ou corde, feuille de questions et feuille d’atelier.

    NOMBRE DE PARTICIPANTES 10 et plus.

    PRÉPARATION :     - Prévoir un espace assez grand pour permettre à toutes les personnes
                                       participantes d'avancer ou de reculer.

      - Tracer au préalable les 2 lignes au sol (à au moins 4 mètres de distance)
         (départ 
et arrivée), à l’aide du ruban cache, de la corde ou de la craie.

                          - Prévoir aussi une largeur suffisante du jeu pour permettre à toutes les personnes
                           
participantes d’être côte à côte sur la ligne de départ.


 Déroulement de l’activité et temps alloué à chacune des étapes

 Étape 1 : Jouer le jeu (15 min)     

A.    Introduction et mise en contexte (présenté par la personne
        animatrice)

     « L’article premier de la Déclaration universelle des droits [humains] dit que : « Tous les êtres humains
      naissent libres et égaux en dignité et en droits. »
Mais qu’en est-il de la réalité? Nous allons partir de la
     réalité concrète de chacunE pour dresser un portrait de l’exercice des droits fondamentaux dans la société.

      La ligne d’arrivée représente la société idéale dans laquelle nous voulons vivre. Le but du jeu est de se           rendre le plus près possible de cette ligne à partir de la ligne de départ en suivant les consignes de                   l’animation. » 

B.    Jouer le jeu selon les règles suivantes :

     1.  Les personnes participantes se placent côte à côte debout sur la ligne de départ en
         
 faisant face à la ligne d’arrivée.

     2.  Le jeu fonctionne un peu comme le jeu bien connu « Jean ou Jeanne dit… »  i.e. :

         •  Pour avancer ou reculer à partir de votre position initiale, la personne animatrice lit un énoncé
             (voir la liste des énoncés). Si elle commence en disant « Jean ou Jeanne dit » et que                               l’énoncé 
qui suit correspond à la situation des personnes participantes, celles-ci avancent ou reculent              selon les consignes données par la personne animatrice.

         •  Par exemple, la personne animatrice dit « Droit de vote : Jean dit, si vous êtes allés voter aux
             dernières élections, avancez d’un pas »
. Si cela correspond à la réalité des personnes participantes,
             elles avancent d’un pas.

         •  Si la personne animatrice ne dit pas « Jean ou Jeanne dit » au début de l’énoncé, les personnes
            participantes ne bougent pas. Si des personnes bougent, elles restent tout de même dans le jeu,                      mais doivent mettre une main sur leur tête pour le reste du jeu. (D’autres contraintes peuvent être
             déterminées par la personne animatrice).

        •  Si les personnes participantes ne se sentent pas concernées par une question, elles restent sur place.                     

Note pour l'animation :
        Il n’est pas nécessaire d’utiliser toutes les questions. Mais comme le but du jeu est de permettre une
        saisie des avancées et des reculs face aux droits, la majorité des questions devraient être posées avec
        la mention « Jean ou Jeanne dit… » Il est aussi possible de faire une version différente du jeu en
        ajoutant des questions touchant plus spécifiquement la réalité de votre groupe ou des personnes
        participantes. 

    3.  À la fin du jeu, les personnes restent sur place et observent la position des unes et des autres. On peut         aussi prendre le temps de noter la position de chacun et chacune avec un morceau de ruban au sol et ainsi
     visualiser les inégalités.

Note pour l’animation : 

  •  Attention ! Ce jeu provoque parfois de vives émotions ou réactions chez les personnes, tant celles
     qui sont plus en avant que celles plus en arrière à la fin de l’activité. Il faut être prêt-e à les accueillir.
 

  •  Si le groupe est constitué principalement de personnes intervenantes ou de personnes vivant des
     conditions semblables, vous pourriez leur assigner des rôles avec quelques indications assez
     précises sur leur conditions économiques. Exemples : PDG d’une grande entreprise; personne
     souffrant d’une maladie mentale ou ayant vécu des épisodes d’itinérance; médecin; immigrant-e
     sans papier; étudiant-e bénéficiant de prêt et bourse en colocation avec 2 amiEs; femme
     monoparentale avec enfants d’âge scolaire travaillant au salaire minimum; etc. Ces détails sont
     utiles pour permettre aux personnes à bien jouer leur rôle.


Étape 2 : Atelier, retour sur le jeu (30 min)


En petite équipe de 5 à 6 personnes, les personnes participantes font un retour sur le jeu en répondant aux questions suivantes : (voir feuille d’atelier)


1.    En lien avec les positions de chaque personne, comment vous êtes-vous
       sentiE pendant le jeu?

2.    Qu’est-ce qui vous frappe dans les positions finales de chacunE? 

3.    Est-ce représentatif de la société en général?

4.    Qu’est-ce qui vous indigne particulièrement et que vous trouvez inacceptable?

5.    Comment expliquez-vous que les inégalités soient si frappantes?

6.    Est-ce inévitable?


Étape 3 : Retour en grand groupe (30 min)


A.     Revenir sur les questions d’ateliers 1-2-3-4 (15 min).
        •  Faire une remontée rapide des ateliers sur les questions 1-2-3-4
        -  Revenir sur le vécu des gens et le sentiment d’indignation.


Note pour l’animation :
         Il est important ici de faire ressortir le sentiment d’indignation vécu et permettre de faire la différence               entre l’indignation vécue par les personnes directement concernées, davantage en position de recul en           raison de l’organisation socio-économique actuelle et celle vécue par les personnes qui leur sont                   solidaires. Les deux sont nécessaires pour enclencher ensemble un processus d’éducation populaire            autonome. 

 Ne pas ignorer le malaise provoqué par le jeu. En parler, c’est important.
       Notre position peut engendrer un malaise dans le groupe. L’atelier permet de prendre conscience de
       notre situation de départ et de nos oppressions qui freinent l’exercice de nos droits. Elle peut aussi                mettre en évidence, particulièrement chez les personnes-ressources, un meilleur accès aux droits                reconnus par rapport aux autres participantEs. Il importe donc de souligner que quelle que soit notre           position, on peut faire le choix de la solidarité dans une démarche d’ÉPA pour travailler ensemble à               l’avancement des droits.


 B.     À partir des réponses aux questions d’ateliers 5-6 (15 min). 

               La personne animatrice présente :                 

               Nous avons vu que, bien que nous ayons des droits reconnus, les injustices et les inégalités                           sont monnaie courante dans notre société et portent atteinte aux droits.       

                Les questions à partir desquelles nous avons travaillé en petites équipes nous ont permis, d’une
                certaine 
façon, de prendre une photographie de la situation sur la réalisation des droits dans nos
                milieux et la 
société. Nous avons commencé à chercher ensemble des pistes de réponse pour
               comprendre le 
« pourquoi » des inégalités. Nous allons maintenant poursuivre l’analyse en partant
                des questions suivantes :

                •   Dans le fonctionnement de notre société, quels sont les freins à la réalisation pleine                             et entière des droits et à la reconnaissance de la dignité de chaque personne?


 Note pour l’animation :

 Pour soutenir l’animation, se référer à la feuille sur les freins aux droitsIl peut être intéressant d’écrire sur une grande feuille les freins mentionnés par les personnes participantes en les classant par catégories. Par exemple : les freins structurels (pauvreté des personnes, manque de financement, etc.); les freins d’ordre culturel ou touchant des mentalités (préjugés, vision néolibérale).

•   Comment est-il possible qu’il y ait, au Québec et au Canada, des chartes des 

      droits et que pourtant ceux-ci ne soient pas respectés?


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 1-  Tiré de la formation Des droits et des luttes du Carrefour de participation, ressourcement et formation (CPRF).