En voiture!... pour aller où et comment?


 

 Partir de la réalité
pour comprendre l'organisation de la société

En éducation populaire autonome (ÉPA), une étape fondamentale est de partir des réalités, du vécu et des préoccupations des personnes pour susciter et réveiller le sentiment d'indignation. Ce sentiment amène à nous poser ensemble la question : Qu’est-ce qui explique ces situations inacceptables? Comment se fait-il que nous soyons si nombreux et nombreuses à les subir? 

Répondre à cette question nous conduit à porter ensemble un regard sur les causes structurelles c’est-à-dire l’organisation sociale, politique et économique qui crée ces disparités. C’est à partir de ce partage qu’il est possible de faire ensemble un passage à l’action, d'agir sur ces causes et non seulement sur leurs effets. Cela permet également de se donner collectivement des moyens pour reprendre du contrôle sur nos conditions de vie, nos conditions de travail et en bout de ligne, changer le monde. 

Les mises en situation, par le jeu ou d'autres stratégies d’animation, favorisent une distance de la simple réalité individuelle pour porter un regard collectif sur celle-ci. C’est ce que vise l’activité du train.

   Objectifs de l'activité

Autour d’une mise en situation qui permet une prise de conscience sur des réalités concrètes en lien avec la réalisation pleine et entière des droits :

                     Partir de la réalité des gens pour comprendre les mécanismes d’exclusion;
                     Prendre conscience de l’organisation de notre société qui crée cette exclusion;
                     Nommer et amorcer un partage d’analyse sur les causes des inégalités sociales; 
                     Démontrer le lien entre l'ÉPA et notre projet pour un monde de justice et d'égalité.

    Présentation sommaire de l'activité

Le train de la société est divisé en 4 sections pour illustrer l’organisation actuelle de la société : 
                    des chaises dans la première classe; 
                   •  un nombre limité de chaises dans la classe économique; 
                    un wagon de marchandises sans chaises; 
                    et le quai d’embarquement pour ceux et celles qui seront excluEs du voyage. 

Selon les réponses apportées par les personnes participantes aux questions de la personne à l’animation, elles reçoivent un nombre déterminé de billets. Une fois la liste de questions terminée, les personnes comptent le nombre de billets obtenus. 

C’est ce nombre de billets qui déterminera la place qu’elles occuperont dans le train ou sur le quai. Une fois installées dans le train, l’animation permet de démarrer la réflexion sur l’organisation de la société actuelle.



 
Informations pour la réalisation de l'activité
 
 
 

DURÉE TOTALE : au moins 60 minutes réparties comme suit : 
                              Jeu : 15 min. Atelier : 20 min. Plénière : 20 min. Sur les stratégies d’ÉPA utilisées : 5 min.                                NOTE : La durée de l’atelier peut varier si on veut y consacrer plus de temps.
MATÉRIEL NÉCESSAIRE : Chaises, billets de tirage, casquette de chef de train
NOMBRE DE PARTICIPANTES10 à 50
PRÉPARATION :    -  Installer le train selon les consignes.
                                -  Revoir la liste de questions.
                                -  Une personne en soutien à l’animation pour la distribution de billets peut
                                      s’avérer utile selon le nombre de personnes participantes.

 Déroulement de l'activité et temps alloué à chacune des étapes

Étape 1 : Jouer le jeu (15 min.)

A.   Introduction et mise en contexte

 Le train représente la société actuelle. Nous sommes toutes et tous conviés
 à 
embarquer dans ce train. Mais la place de chacunE dépendra du nombre
 de 
billets qui lui sera distribué selon ses réponses aux questions posées. Ce nombre s’appuiera sur sa
 réalité 
socio-économique.

B.   Jouer le jeu selon les règles suivantes 

     1.   Installer un faux train dans la salle, c.-à-d. placer des chaises pour former trois wagons
           différents. S’assurer qu’au total il y ait moins de chaises que de personnes participantes. 
           Respecter les proportions proposées. Exemple :
           - Le wagon d’en avant représente la première classe : 4 chaises (14 billets ou plus)
           - Le wagon du centre représente la classe économique : 2 chaises (entre 12 et 16 billets)
           - Le dernier wagon est celui des marchandises : aucune chaise (entre 6 et 11 billets)
           - Les personnes ayant 6 billets et moins restent sur le quai d’embarquement.
 
           La salle représente le quai d’embarquement. Pour embarquer dans le train et faire partie du
           voyage, les personnes doivent obtenir un nombre suffisant de billets. 

     2.  Le nombre de billets distribués varie selon les réponses apportées par chaque participantE
          aux questions posées. Ces réponses dépendent de leurs conditions socio-économiques.

Voir les questions suggérées et adaptables selon la réalité du groupe

 Note pour l'animation :
        Il n'est pas nécessaire d'utiliser toutes les questions. Trois ou quatre questions peuvent
        suffire pour atteindre les objectifs. Il est aussi possible d'en ajouter touchant différentes
        formes de discrimination. Le nombre de billets est aussi une suggestion. L'important est  
        d'arriver aux résultats souhaités.


     3.   Une fois les questions et la distribution des billets terminées, on demande aux personnes
            de compter leur nombre de billets et on les invite à prendre place dans le wagon
            approprié tout en prenant le temps de constater les écarts. 

Note pour l'animation :
        Le personne meneuse de jeu doit faire en sorte que : personne ne soit dans la première
        classe; il y ait trop de personne par rapport au nombre de chaises dans la classe
        économique; il y ait plusieurs personnes dans le wagon à bagages; et plusieurs personnes
        sur le quai d'embarquement.

        Pour y arriver, identifier au préalable une personne qui aura un nombre significatif de billets
        (par exemple, la personne hôte). À la fin du jeu, lui demander de compter ses billets et
        utiliser ce nombre comme guide pour déterminer le nombre de billets correspondant pour
        chaque wagon. Par exemple, si la personne a 12 coupons, pour la classe économique, il
        faudrait de 12 à 10 coupons, le wagon à bagages 9 à 6, etc.

        Si le groupe est constitué principalement de salariéEs, vous pourriez leur assigner des rôles
        avec quelques indications assez précises sur leurs conditions économiques et vous assurez que
        ces rôles soient visibles pour tous et toutes.

     4.    À la fin, on demande aux personnes si elles souhaitent faire le voyage tel qu’il est 
            organisé ou bien si elles désirent voyager autrement avant de les inviter à aller en 
            atelier.

Note pour l'animation :
Ne pas ignorer le malaise provoqué par l'atelier. En parler, c'est important.
Notre place occupée ou notre exclusion du train peut engendrer un malaise dans le groupe. L'atelier permet de prendre conscience de notre situation de départ et de nos oppressions. Il peut aussi mettre en évidence, particulièrement chez les personnes-ressources, certains privilèges par rapport aux participantEs. Il importe donc de souligner qu'où que nous soyons dans le train, on peut faire le choix de la solidarité, dans une démarche d'ÉPA, pour faire en sorte que le voyage soit organisé autrement. Car l'ÉPA, c'est une option.

Étape 2 : Atelier, retour sur le jeu (20 min.)

En petite équipe, les personnes sont invitées à répondre à ces questions : 

             1. Qu'est-ce que l’expérience du jeu nous a fait vivre et comprendre de la société actuelle?

              2. En allant un peu plus loin, quelles sont, selon vous, les causes des inégalités constatées?

              3. Est-ce que ça vous tente d’embarquer dans ce train? Préférez-vous plutôt voyager autrement?

Voir la feuille d'atelier à distribuer aux équipes

Étape 3 : Retour en grand groupe (30 min.)

A.   Revenir sur les questions d’atelier (20 min.).

                    Faire une remontée des ateliers principalement
                    En revenant sur le vécu des gens, le malaise conscientisant, le sentiment d’indignation.
                    En mettant en commun les causes identifiées en atelier.

B.   Poser ensuite les questions :

                     Qui a intérêt à ce que le train demeure ainsi?
                     Qui a intérêt à ce que la façon de voyager change?

 Note pour l'animation :
        - Il est important ici de faire ressortir le sentiment d'indignation.
        - Il importe aussi de faire la différence entre l'indignation vécue par les personnes
          concernées par l'exclusion dans l'organisation socio-économique actuelle et
          celle vécue par les personnes qui leur sont solidaires. Les deux sont nécessaires pour vivre
          ensemble un processus d'éducation populaire autonome.


En conclusion

Revenir sur les stratégies d’ÉPA utilisées depuis le début de la formation (10 min.).

           -  En conclusion, on réalise qu’il a été possible d’utiliser le jeu pour :

                     Partir de la réalité concrète  et de l’indignation des personnes;
                     Tenter d’identifier ensemble les causes des injustices et des inégalités;
                     Reprendre les analyses et les mots utilisés par les personnes pour développer une 
                       compréhension collective des réalités vécues, etc.
                     Et donner le goût d’agir collectivement pour transformer la société.

Cet outil d’animation est tiré et retravaillé à partir de la formation du MÉPACQ : Pour un monde de justice et d’égalité, choisir l’éducation populaire autonome.